
De ségou, nous rejoignons Bobo-dioulasso dans la journée, bien qu’un douanier burkinabé très zélé, nous ait fait perdre quatre heures. Notre arrivée à Bobo s’effectue de nuit, nous ne parvenons pas à joindre notre ami Bouba afin qu’il nous indique un lieu calme et sécurisé pour passer quelques jours. Par conséquent, nous décidons de stationner pour la nuit en plein centre ville sur la grande place de la gare. Nous pourrons nous restaurer dans un « maquis » (petit restaurant local) d’un délicieux poulet grillé, frites. Dès le lendemain matin, Bouba nous rejoins et nous confirme qu’il n’existe aucun camping dans les environs de Bobo. Nous trouverons comme solution pour nous poser, la place d’un marché désaffecté située à côté d’un garage poids lourds et dont le propriétaire nous fournira gracieusement l’électricité tout le temps de notre séjour. Ce quartier populaire de la ville ne reçoit que très peu de visites de blancs, nous faisons figure d’attraction locale. Il n’est pas rare que notre ami soit obligé, dans les premiers jours, de disperser les nombreux enfants curieux de notre présence. Notre véhicule est stationné à côté de quelques camions en attente de leurs documents douaniers pour livrer les balles de coton aux ports de Lomé et de Cotonou. Depuis que la Côte d’Ivoire est en conflit, le trafic Nord-Sud pour rejoindre le port d’Abidjan est impossible et le plus gros des flux de marchandises transitent par le Togo, le Ghana et le Bénin. Ce contact journalier, nous permet de créer des liens et de nous rendre compte des conditions de travail et de vie des hommes gravitant dans le milieu du transport. Pour information, quelques bases de salaires : de 60 à 100 euros par mois pour les chauffeurs qui peuvent être absents plus d’un mois de leur domicile, à seulement 25 euros par mois pour les deux apprentis (hommes à tout faire) qui accompagnent le chauffeur et surveillent le véhicule 24 h/24h. Il va de soi que tout ce joli petit monde n’est plus payé lorsque le camion ne roule pas. En ce qui concerne les mécaniciens - soudeurs, leurs appointements se situent entre 25 et 50 euros mensuels pour un travail de sept jours sur sept (seuls les jours fériés et les grandes fêtes religieuses sont chômés).
Un jeune garçon de treize ans, Mathias, retient notre attention très rapidement. Il est apprenti mécanicien au garage d’à côté (pour la somme mirifique de 150 francs CFA = 15 cents d’euros par jour) et vient de plus en plus souvent rencontré Maxime et jouer aux camions avec lui (activité qu’il n’a certainement pas pratiquée souvent plus jeune). Nous sommes surpris par l’éveil de cet enfant qui parle un français très correct et qui est très vif d’esprit. Quel dommage qu’il est été déscolarisé si jeune au profit d’un apprentissage qui ne lui servira jamais à rien. Nous verrons à notre retour en France en collaboration avec son père comment re-scolariser cet enfant. Dure réalité de l’Afrique.
Depuis notre dernière visite, le petit Modibo est venu agrandir la famille de Bouba. Cet enfant albinos aura certainement besoin de l’aide des associations spécialisées pour lui fournir lunettes et crèmes spécifiques afin de se protéger du soleil nuisible à sa peau et ses yeux. Ce n’est certainement pas les 40 euros de salaire mensuel de son père qui lui permettront d’accéder à ces soins coûteux. Comme le chantent Amadou et Maryam (Maliens aveugles) : « triste réalité ».
Bobo-Dioulasso nous semble avoir régressée au niveau des infrastructures (routes défoncées, éclairages aléatoires, réseaux d’égouts bouchés par les ordures poussées lors du balayage journalier des rues). Malgré cela, cette ville reste agréable à vivre grâce à la sagesse et la tranquillité des burkinabés.
Pour la fin de notre séjour dans la région, nous nous rendons aux cascades de Kerfiguela plus au sud où l’air est nettement plus sain que dans ces grandes agglomérations.
Nous repartons le 2 novembre en direction de Ouagadougou, accompagnés de Bouba, afin de rencontrer Jean-Louis SIMON qui s’y trouve pour le Salon International de l’Artisanat Africain. Nous passerons quelques soirées avec lui et son collègue Florent ainsi que Damienne et François, deux cantalous rencontrés en ville. Jean-Louis nous permettra de renouer des liens avec le « saucisson auvergnat » qui commençait à nous manquer sérieusement. Nous en profitons pour visiter le SIAO et nous enrichir de deux très jolies statues en bronze à la cire perdue (spécialité des artisans burkinabés).
Ouagadougou se retrouve totalement noyée dans un immense nuage de gaz d’échappement des milliers de deux roues qui sillonnent la ville en tous sens. Pour finir de nuire à la situation, l’Harmattan traîne dans son sillage du sable venu des régions sahariennes et les habitants brûlent feuilles et détritus tous les soirs. Malgré ces désagréments, la gentillesse de la population et la sécurité des villes continuent à nous charmer.
Nous quitterons Ouagadougou pour Ziniaré à 70 kilomètres afin de visiter un zoo que l’on nous avait conseillé. Hormis quelques grosses villas, car nous sommes dans le village d’origine du Président, les animaux se font plutôt rares et vivent dans des conditions pas toujours très acceptables pour notre goût. Les enfants seront quand même contents d’avoir vu leurs premières girafes, lion (très discret) et autres. Nous espérons beaucoup mieux de notre passage en Afrique de l’Est.
Nous reprenons la route en direction du Togo, le 8 novembre 2006.
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